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Repérer les revues prédatrices

Contexte d’apparition des revues prédatrices

Les revues prédatrices sont apparues dans un contexte de transformation importante de l’édition scientifique (avec l’essor du numérique dans les années 2000) et de développement progressif du libre accès aux articles scientfiques. Auparavant, les revues scientifiques étaient financées par les abonnements des bibliothèques et des lecteurs. Avec le développement du libre accès, un nouveau modèle économique s'est peu à peu diffusé : la lecture des articles est gratuite mais les auteurs - ou plutôt leurs institutions - doivent payer des frais de publication (APC), c’est ce qu’on appelle le modèle Gold Open Access « auteur-payeur  » (ou voie dorée) (voir articles : Les voies du libre accès & article APC).
Ce modèle a permis une diffusion plus large des connaissances scientifiques mais il a aussi créé une opportunité commerciale : des éditeurs ont compris qu'ils pouvaient percevoir des APC sans réellement fournir les services éditoriaux de qualité attendus (comme une évaluation par les pairs rigoureuse,  et un travail éditorial, etc.). 
 

  • Les revues dites « prédatrices » veulent donc exploiter, pour faire du profit uniquement, cette “voie dorée”...

Mais attention : si toutes les revues prédatrices proposent le libre accès... Toutes les revues en libre accès ne sont bien sûr pas prédatrices !
En parallèle est apparu un contexte tendu de course à la publication (publish or perish) avec l’intensification des politiques d'évaluation fondées sur le nombre de publications (pour obtenir des financements, des postes ou des promotions). Certaines revues ont donc cherchéer à exploiter cette pression pesant sur les épaules des chercheuses et chercheurs en promettant des délais de publication très courts, des taux d'acceptation élevés et une visibilité internationale... affichée mais souvent fictive.
 

Revues prédatrices et éditeurs prédateurs : éléments de définition

Le terme “predatory publisher” a été popularisé à partir de 2010 par le bibliothécaire américain Jeffrey Beall (Université du Colorado-Denver) qui a commencé à recenser les éditeurs qu'il considérait comme exploitant le libre accès à des fins principalement lucratives, sans respecter les standards scientifiques.
Voici la traduction d’une définition simple et claire parue dans la revue Nature en 2019 :
« Les revues et les éditeurs prédateurs sont des entités qui privilégient l’intérêt personnel au détriment du savoir et se caractérisent par des informations fausses ou trompeuses, un écart par rapport aux bonnes pratiques éditoriales et de publication, un manque de transparence et/ou le recours à des pratiques de sollicitation agressives et sans discernement ».
Source : Hervé Maisonneuve, blog Revues & intégrité, billet du 16/12/2019, traduction de la définition donnée dans l'article Grudniewicz,Agnes , David Moher , Kelly D. Cobey , Gregory L. Bryson , Samantha Cukier , KristiannAllen, Clare Ardern , et al. « Predatory Journals : No Definition , No Defence ». Nature 576, n o 7786 (12 décembre 2019): 210 12. https://www.nature.com/articles/d41586-019-03759-y.

Quelques chiffres...

1 million de chercheuses et chercheurs seraient impactés 
( source : https://www.interacademies.org/publication/predatory-practices-report-English)

La progression a été rapide et s’est faite en quelques années seulement :
Il y aurait plus de 15 500 revues prédatrices actuellement (source : https://cabells.com/solutions/predatory-reports) !

Alors pourquoi certains auteurs ont-ils publié dans ces revues ?
Les auteurs n’étaient pas au courant ou devaient publier rapidement. C’était facile, rapide, pas très cher. Les auteurs ont été encouragés par d’autres chercheurs...

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Quels indices pour répérer ces revues ? 

Voici quelques indices qui peuvent vous alerter :

  • Nombreuses sollicitations (mails d’invitation flatteurs, relances...) vous demandant notamment de recommander des pairs, d’en parler à vos collègues... même pour des revues qui ne sont pas proches de votre domaine de recherche.
  • Dans ces revues la grande majorité des articles soumis sont acceptés.
  • Les délais de publications annoncés sont très/trop rapides (il faut « rendre service » aux auteurs) —> la relecture par les pairs est inexistante ou peu fiable et des délais trop courts sont imposés aux relecteurs : de quelques jours à 2 semaines...
  • Le titre de la revue peut être très court ou proche d’un titre connu.
  • Il y a beaucoup (trop) de numéros spéciaux.
  • On constate des imprécisions (site web, adresse, comité, objectifs, frais, proecessus de relecture par les pairs...). Attention des noms de chercheurs reconnus peuvent même être utilisés à leur insu !
  • Attention : le montant élevé ou non des frais n'est pas forcément une indication ! Ces revues peuvent aussi proposer des rabais pour les reviewers etc.
  • Le site web est souvent plus orienté “auteur” que “lecteur”...


N.B. : la ligne de démarcation peut parfois être difficile à établir entre revues légitimes et revues prédatrices à des degrés divers...

Quels sont les risques ?

  • Vous pouvez gaspiller de l’argent... 
  • Votre article peut être très bon mais publié parmi des articles moyens.
  • Votre article risque d’être cité par des auteurs publiant également dans ces revues prédatrices.
  • Votre publication peut ne pas être prise en compte dans le cadre d’un recrutement par exemple.
     

Alors que faire ?

Il faut s'informer et se poser certaines questions : 

  • Commencez par consulter les “Aims & Scope”, la ligne éditoriale des revues qui vous intéressent. 
  • Ces revues sont-elles connues de vos collègues ?
  • L'ISSN est-il indiqué ? Est-il correct ? (voir : https://portal.issn.org/)
  • Le comité éditorial est-il bien mentionné ? (Noms, affiliations, contacts...). Peut-on le contacter ?
  • Le processus de révision par les pairs est-il bien précisé ? 
  • La revue est-elle réellement référencée (Scopus, WoS...) ? C'est une simple indication mais pas une garantie. De plus certaines revues disent être référencées mais ne le sont pas.
  • La revue est-elle dans le répertoire du DOAJ (Directory of Open Access Journals, répertoire indépendant qui liste des milliers de revues scientifiques et universitaires en libre accès et de qualité) ? Vous pouvez consulter aussi la liste maintenue par le DOAJ des revues et des éditeurs qui prétendent à tort être référencés dans le DOAJ :  “Journals and publishers that falsely claim they are indexed in DOAJ” (mise à jour 1er août 2026).
  • L’éditeur est-il membre du Comité d'éthique des publications (COPE) ou est-il listé dans l’association des éditeurs en libre accès (OASPA)?
  • Les articles de la revue sont-ils réellement en accès ouvert (sans création de compte par exemple) ?

    Et rappelez-vous : vous pouvez toujours contacter vos documentalistes !

     

MDPI par exemple (qui a en plus son propre Journal Finder et qui est référencé comme membre du Comité d'éthique des publications (COPE), est listé dans l’association des éditeurs en libre accès (OASPA), est présent DOAJ (Directory of Open Access Journals)...
Cependant : 
“MDPI est devenu en quelques années le troisième éditeur mondial en nombre annuel d’articles. Pour le CNRS, il est aujourd’hui le quatrième éditeur en termes de quantités publiées par nos unités, et le second éditeur en termes de montants d’APC payés. Frontiers Media montre une dynamique de croissance analogue, avec des pratiques éditoriales comparables”

Source : Alain Schuhl : Frais de publication : « nous sommes au bord du gouffre » /CNRS, 2023
https://www.cnrs.fr/fr/actualite/frais-de-publication-nous-sommes-au-bord-du-gouffre


A consulter :

Lutter contre les revues et conférences académiques prédatrices, IAP, 2022, figure 1, page 8 : “Un spectre de comportements prédateurs pour les revues”.
 

Les Conférences prédatrices

Attention, des conférences aussi peuvent être "prédatrices" !
L’objectif des “organisateurs” est de gagner de l’argent grâce aux inscriptions.


Comment les repérer ?

  • Vérifier les sites web de près : création possible de sites web miroirs ou de faible qualité
  • Vérifier le lieu : organisation possible  de conférences dans des lieux inappropriés, voire conférences annulées, proposition de nombreuses conférences dans des domaines et des lieux très différents...
  • Vérifier la liste des intervenants : attention par exemple aux intervenants annoncés mais remplacés. Le jour J : peu de participants.
    Il est conseillé de faire attention aux urls, aux noms de domaine, aux noms très proches (vérifier le nom de la société savante, du congrès...).
     

     

Des outils existent pour vous aider !

  • ThinkCheckSubmit propose par exemple des questionnaires sous forme de listes de cases à cocher vous aidant à vous poser les bonnes questions :
    pour les revues et pour les chapitres et livres.
  • Pour les revues en libre accès avec APC : Compass to Publish créé en 2020 par l’Université de Liège; lL’outil vous permet de tester une revue grâce à son titre ou son ISSN.
     

Beall, J. (2012). Predatory publishers are corrupting open accessNature News, 489(7415), 179. https://doi.org/10.1038/489179a

Beall, J. (2016). Essential information about predatory publishers and journalsInternational Higher Education, (86), 2-3. https://doi.org/10.6017/ihe.2016.86.9358

Fiche de l’Ofis, Les revues prédatrices, 2022, https://www.ofis-france.fr/espaces-thematiques/revues-predatrices/

Rapport de synthèse du réseau mondial InterAcademyPartnership, regroupant plus de 140 académies de sciences, d’ingénierie et de médecine : Lutter contre les revues et conférences académiques prédatrices, mars 2022, https://www.interacademies.org/project/predatorypublishing 

-> Rapport de synthèse en français: https://www.interacademies.org/publication/predatory-practices-summary-French 

Fovet-Rabot, Cécile. Eviter les revues et éditeurs prédateurs: définition et indices. CIRAD, 2023. https://doi.org/10.18167/COOPIST/0036.

Frédéric Blanqui, Anne Canteaut, Hiddede Jong, Sébastien Imperiale, Nathalie Mitton, et al.. Recommandations sur les « éditeurs de la zone grise. Inria. 2023, pp.1-3. ⟨hal-04001505⟩