Les revues prédatrices
Contexte d’apparition des revues prédatrices
Les revues prédatrices sont apparues dans un contexte de transformation importante de l’édition scientifique (avec l’essor du numérique dans les années 2000) et de développement progressif du libre accès aux articles scientfiques. Auparavant, les revues scientifiques étaient financées par les abonnements des bibliothèques et des lecteurs. Avec le développement du libre accès, un nouveau modèle économique s'est peu à peu diffusé : la lecture des articles est gratuite mais les auteurs - ou plutôt leurs institutions - doivent payer des frais de publication (APC), c’est ce qu’on appelle le modèle Gold Open Access « auteur-payeur » (ou voie dorée) (voir l'article Les voies du libre accès et l'article sur les APC).
Ce modèle a permis une diffusion plus large des connaissances scientifiques mais il a aussi créé une opportunité commerciale : des éditeurs ont compris qu'ils pouvaient percevoir des APC sans réellement fournir les services éditoriaux de qualité attendus (comme une évaluation par les pairs rigoureuse, et un travail éditorial, etc.).
-> Les revues dites « prédatrices » veulent donc exploiter, pour faire du profit uniquement, cette “voie dorée”...
Mais attention : si toutes les revues prédatrices proposent le libre accès... Toutes les revues en libre accès ne sont bien sûr pas prédatrices !
En parallèle est apparu un contexte tendu de course à la publication (publish or perish) avec l’intensification des politiques d'évaluation fondées sur le nombre de publications (pour obtenir des financements, des postes ou des promotions). Certaines revues ont donc cherchéer à exploiter cette pression pesant sur les épaules des chercheuses et chercheurs en promettant des délais de publication très courts, des taux d'acceptation élevés et une visibilité internationale... affichée mais souvent fictive.
- Vous pouvez gaspiller de l’argent...
- Votre article peut être très bon mais publié parmi des articles moyens.
- Votre article risque d’être cité par des auteurs publiant également dans ces revues prédatrices.
- Votre publication peut ne pas être prise en compte dans le cadre d’un recrutement par exemple.
- Il faut s'informer et se poser certaines questions :
- Commencez par consulter les “Aims & Scope”, la ligne éditoriale des revues qui vous intéressent.
- Ces revues sont-elles connues de vos collègues ?
- L'ISSN est-il indiqué ? Est-il correct ? (voir : https://portal.issn.org/)
- Le comité éditorial est-il bien mentionné ? (Noms, affiliations, contacts...). Peut-on le contacter ?
- Le processus de révision par les pairs est-il bien précisé ?
- La revue est-elle réellement référencée (Scopus, WoS...) ? C'est une simple indication mais pas une garantie. De plus certaines revues disent être référencées mais ne le sont pas.
- La revue est-elle dans le répertoire du DOAJ (Directory of Open Access Journals, répertoire indépendant qui liste des milliers de revues scientifiques et universitaires en libre accès et de qualité) ? Vous pouvez consulter aussi la liste maintenue par le DOAJ des revues et des éditeurs qui prétendent à tort être référencés dans le DOAJ : “Journals and publishers that falsely claim they are indexed in DOAJ” (mise à jour 1er août 2026).
- L’éditeur est-il membre du Comité d'éthique des publications (COPE) ou est-il listé dans l’association des éditeurs en libre accès (OASPA)?
Les articles de la revue sont-ils réellement en accès ouvert (sans création de compte par exemple) ?
Et rappelez-vous : vous pouvez toujours contacter vos documentalistes !
MDPI par exemple (qui a en plus son propre Journal Finder et qui est référencé comme membre du Comité d'éthique des publications (COPE), est listé dans l’association des éditeurs en libre accès (OASPA), est présent DOAJ (Directory of Open Access Journals)...
Cependant :
“MDPI est devenu en quelques années le troisième éditeur mondial en nombre annuel d’articles. Pour le CNRS, il est aujourd’hui le quatrième éditeur en termes de quantités publiées par nos unités, et le second éditeur en termes de montants d’APC payés. Frontiers Media montre une dynamique de croissance analogue, avec des pratiques éditoriales comparables”
Source : Alain Schuhl : Frais de publication : « nous sommes au bord du gouffre » /CNRS, 2023
https://www.cnrs.fr/fr/actualite/frais-de-publication-nous-sommes-au-bord-du-gouffre
A consulter :
Lutter contre les revues et conférences académiques prédatrices, IAP, 2022, figure 1, page 8 : “Un spectre de comportements prédateurs pour les revues”.
- Fiche du CIRAD : Fovet-Rabot, C. 2023. Eviter les conférences prédatrices, en 4 points. Montpellier (FRA) : CIRAD, 4 p. https://doi.org/10.18167/coopist/0078
- Kovach, . R. (2018). Buyer Beware: Avoiding the minefield of predatory conferences. Research in gerontological nursing, 11(6), 279-280. https://doi.org/10.3928/19404921-20181009-01
- Lutter contre les revues et conférences académiques prédatrices, IAP, 2022, figure 2, page 9 : Un spectre de comportements prédateurs pour les conférences)
Des outils existent pour vous aider !
- ThinkCheckSubmit propose par exemple des questionnaires sous forme de listes de cases à cocher vous aidant à vous poser les bonnes questions :
pour les revues et pour les chapitres et livres. - Pour les revues en libre accès avec APC : Compass to Publish créé en 2020 par l’Université de Liège; lL’outil vous permet de tester une revue grâce à son titre ou son ISSN.
Beall, J. (2012). Predatory publishers are corrupting open access. Nature News, 489(7415), 179. https://doi.org/10.1038/489179a
Beall, J. (2016). Essential information about predatory publishers and journals. International Higher Education, (86), 2-3. https://doi.org/10.6017/ihe.2016.86.9358
Fiche de l’Ofis, Les revues prédatrices, 2022, https://www.ofis-france.fr/espaces-thematiques/revues-predatrices/
Rapport de synthèse du réseau mondial InterAcademyPartnership, regroupant plus de 140 académies de sciences, d’ingénierie et de médecine : Lutter contre les revues et conférences académiques prédatrices, mars 2022, https://www.interacademies.org/project/predatorypublishing
-> Rapport de synthèse en français: https://www.interacademies.org/publication/predatory-practices-summary-French
Fovet-Rabot, Cécile. Eviter les revues et éditeurs prédateurs: définition et indices. CIRAD, 2023. https://doi.org/10.18167/COOPIST/0036.
Frédéric Blanqui, Anne Canteaut, Hiddede Jong, Sébastien Imperiale, Nathalie Mitton, et al.. Recommandations sur les « éditeurs de la zone grise. Inria. 2023, pp.1-3. ⟨hal-04001505⟩